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Résumé de la conférence du 20 novembre 2012

L'esprit d'équipe menacé, comment le sauver ?

Christian GODIN L'esprit d'équipe menacé

par le philosophe Christian Godin

Ce n'est qu'au XIXe siècle que le terme « équipe » prend son sens actuel d'ensemble de travailleurs effectuant une tâche commune. Auparavant, il désignait une suite de bateaux attachés les uns aux autres sur une rivière. De là le mot « équipage ». Le sens sportif est ancien (XVe siècle) puis disparaît pour réapparaître au XIXe siècle.

On peut partir de l'usage sportif pour tenter de cerner ce qu'est une équipe.
En théorie, l'équipe commence à deux (on dit qu'on « fait équipe » avec tel ou tel). En fait, l'équipe renvoie à un collectif plus nombreux. Autre chose : l'équipe n'est pas seulement un agrégat ou une addition d'individus, elle représente un ensemble, pourvu d'un esprit commun (on parle de l'esprit d'équipe). Troisième élément que l'on peut tirer du modèle sportif : dans une équipe, il n'y a pas que des équipiers, il y a aussi un leader.

À partir de cette dernière détermination, on peut distinguer dans le sport trois types d'équipe, en fonction du degré plus ou moins élevé d'égalité entre les membres. Cela va de l'équipe la plus égalitaire (comme celle de l'aviron) à la moins égalitaire (comme dans le cyclisme, où les équipiers sont au service du leader au point de se sacrifier pour lui), en passant par l'équipe moyennement égalitaire (comme celle du football).

On peut, semble-t-il, transposer ces données au monde économique. D'ailleurs, d'une manière générale, le vocabulaire sportif est omniprésent dans le discours public. Notons toutefois qu'il y a danger à appliquer sans réserve ce paradigme sportif (une nation, par exemple, n'est pas une équipe).
Ces dernières années, plusieurs ouvrages donnent des témoignages consternants sur la vie en entreprise (voir en particulier le Journal ambigu d'un cadre supérieur, d’Étienne Deslaumes, aux Éditions Monsieur Toussaint-Louverture, en 2012). On y voit, jusqu'à la caricature, jusqu'où peut aller la désastreuse absence d'un esprit d'équipe : coups tordus entre collègues, manœuvres d'intimidation, vulgarité du comportement, surtout vis-à-vis des femmes. Dans ce type d'entreprise, qui balance entre le cirque et la caserne, le PDG est moins (ou plus) qu’absent : inaccessible. Le respect (qui peut être ou bien la reconnaissance d'une compétence supérieure dans un système hiérarchique, ou bien la reconnaissance d'une dignité égale de l'autre comme collègue) n'existe nulle part et sous aucune forme.

Les études les plus critiques ont montré comment, depuis la révolution néolibérale des années 1980, le management a pratiqué une stratégie de rupture pour casser la possibilité même d'une équipe au sein des entreprises. Et en même temps il a cherché contradictoirement à activer les équipes.
Les moyens pour briser une équipe ou en empêcher sa possibilité même sont connus : les licenciements et les changements de poste (alors qu'une équipe suppose une durée minimale), l'individualisation des salaires (les augmentations générales de salaires tendent aujourd'hui à disparaître, ce qui a pour effet de créer des dissensions sous forme d'envie et de sentiment d'injustice), l'individualisation des tâches sans conscience d'ensemble (à cet égard il faudrait mentionner le rôle de l'informatique, qui sépare autant qu'elle unit).
Jusqu'au début des années 1980, il existait à l'intérieur des institutions et des entreprises un certain équilibre entre la compétition (la loi du marché) et la coopération. Aujourd'hui, sous le coup de la concurrence universelle, cet équilibre est rompu. C'est la coopération qui en a pâti. Co-opérer, cela signifie très exactement travailler avec, c'est-à-dire travailler en équipe.

Le travail en équipe connaît plusieurs modalités qui se distinguent en vertu des différences d'intensité de l'intégration des membres à l'ensemble. Cela va de la plus souple (la coordination) à la plus forte (la collaboration). Pour désigner la forme d'intégration moyenne, on peut utiliser le terme de coopération.
Avec la coordination, le travail est segmenté. Chaque agent est dépourvu de responsabilité globale. La structure est fortement hiérarchique. Chacun travaille à sa partie sans avoir de conscience d'ensemble. Avec la coopération, il y a un objectif commun, que tous connaissent. C'est un mode d'association mécanique, reposant sur la division du travail, qui n'exclut pas la compétition (remarquons, à ce propos, que les termes de compétition et de concurrence impliquent l'idée de relation : cum, en latin, qui a donné les mots français commençant par con- signifie « avec »). Chacun travaille à sa partie mais est pourvu d'une conscience d’ensemble. La coopération correspond à un modèle républicain, hiérarchique, à responsabilité déléguée.
Avec la collaboration, nous avons affaire à un mode d'association organique, qui est le plus éloigné de la compétition. Chacun y travaille pour le tout. Le modèle est démocratique, égalitaire (le terme de collaboration utilisé par le régime de Vichy est un mensonge de propagande puisque, après la défaite de juin 1940, la France a été asservie au Reich). C'est l'intelligence collective qui caractérise la collaboration. Nous avons affaire ici à la véritable équipe, à responsabilité partagée.
Cela dit, il peut y avoir collaboration sans équipe (exemple : les collaborateurs du Wikipédia). Dans une équipe véritable, il y a nécessairement connaissance et reconnaissance mutuelles.

En France, à la différence de ce que l'on peut constater dans les pays anglo-saxons, les relations hiérarchiques prévalent. Lorsqu'il y a conflit, par exemple, le problème est renvoyé à l'échelon hiérarchique. Les sociologues expliquent ce fait par la longue culture étatique de la France. Mais le danger d'un désengagement de la hiérarchie n'est pas moins grand.
On n'a jamais autant parlé de « collégialité » qu’aujourd'hui. Il n'est pas impossible que derrière cet usage récurrent, se cache une absence d'équipe véritable.

Comment sauver l'esprit d'équipe ? Le défi est considérable : nous vivons dans une société de défiance, à tous les niveaux. Il s'agit donc de retrouver le sens de la confiance. Or de nos jours, lorsque l'on parle de confiance, c'est à la confiance en soi que l'on pense d'abord alors que la confiance en autrui est première.
Il s'agit également de retrouver le sens du collectif. Par exemple rappeler à chacun que l'on ne se fait jamais tout seul (contrairement à ce que laissent entendre les « révoltés fiscaux »).
Il s'agit enfin de convaincre les gens que la coopération, l'entraide est psychiquement toujours plus satisfaisante que la lutte mutuelle sans merci. Donner vaut plus que recevoir ou prendre, mais combien de gens le savent ? L'économie est aussi une science morale.




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